Canard Drones, les coulisses de la sécurité aérienne



Peu connue du grand public, l’aide à la navigation et à l’atterrissage est pourtant un maillon essentiel à la sécurité aérienne. Composée d’un ensemble de moyens techniques, elle donne aux pilotes les informations nécessaires à la bonne conduite de leur avion. Bien que primordiale, elle était jusqu’à présent très coûteuse et lourde à entretenir. Jusqu’à ce que les drones entrent en piste. Éclairage avec Sergio L. Varela, CEO de la start-up espagnole Canard Drones, pionnière en la matière.



Comment est venue l’idée de concevoir des drones destinés aux aéroports ?


Sergio L. Varela : Revenons un peu en arrière. Nous sommes au début de l’année 2015. Deux des quatre fondateurs de Canard Drones – dont je ne fais pas partie – ont rendez-vous avec un ami qui leur fausse rapidement compagnie pour réaliser des inspections des équipements d’aide à la navigation à l’aéroport de Madrid-Barajas. Un avion spécialement équipé pour ces opérations venait d’y être affrété et il ne fallait surtout pas manquer le créneau. Les deux amis réalisent alors à quel point cette procédure est compliquée, et se mettent en tête de trouver une solution plus simple à proposer aux acteurs de l’aviation civile.



L’aide à la navigation et à l’atterrissage, qu’est-ce que c’est ?


Pour s’aider dans les exercices de haute précision que sont l’atterrissage et le décollage, les pilotes disposent d’un instrument précieux : le PAPI (Precision Approach Path Indicator, ou indicateur de pente d’approche en français). Situé à proximité des pistes, cet outil intègre quatre unités lumineuses grâce auxquelles les pilotes ajustent leur plan de descente. Le calibrage du PAPI s’effectue au millimètre près, une opération délicate et compliquée à mettre en place. Cet article vous aidera à mieux comprendre le fonctionnement du PAPI.



Après des mois de recherche et d’entretien avec des experts, le drone leur apparaît comme un outil parfaitement adapté. En effet, il est très simple d’utilisation et possède les mêmes capacités qu’un avion : il est équipé d’un GPS, peut voler et rassembler des informations provenant de caméras et de récepteurs radio. Ils mettent alors en place une solution qu’ils améliorent au fil de multiples tests avant de développer l’application finale qui s’avère être beaucoup plus efficiente que tout ce qui était disponible sur le marché à ce moment-là. Canard Drone est alors créé fin 2015.





Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec ADP ?


Le Groupe ADP nous a contacté en 2017, après avoir entendu parler de notre travail avec la compagnie KLM à l’aéroport d’Amsterdam. À cette époque, le groupe réalisait le calibrage des PAPI (cf. encadré plus haut ; NDLR) grâce à différentes procédures manuelles qui donnaient de très bons résultats mais qui étaient lourdes à mettre en place et à gérer. La perspective de pouvoir paramétrer les PAPI grâce à des drones, de manière beaucoup plus flexible et plus économique leur plaisait beaucoup.


Très enthousiaste, le groupe nous a alors rapidement proposé de réaliser des démonstrations formelles devant la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) afin d’obtenir l’homologation de notre solution.





C’est ainsi qu’une nuit de décembre 2017 nous avons réalisé plus de 200 calibrages de l’aéroport Paris-Charles De Gaulle et obtenu les autorisations nécessaires. C’était la toute première validation officielle que nous recevions ! Nous sommes très reconnaissants envers le Groupe ADP et la DGAC d’avoir cru en nous et de nous avoir fait confiance. Depuis, notre collaboration est très fructueuse et nous n’avons eu de cesse d’améliorer notre solution afin de la rendre toujours plus complète et facile d’utilisation grâce à l’automatisation et l’intelligence artificielle.



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Quelles sont les solutions que vous mettez en place avec le Groupe ADP et vos autres clients ?


Tout d’abord, soulignons que chacun de nos projets sont différents car ils sont toujours personnalisés en fonction du pays et des besoins spécifiques des aéroports. Ces derniers ont le choix entre deux formules : un service tout compris ou une solution sur-mesure.



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fois par an s'effectue, à Paris-Charles de Gaulle, les opérations de calibrage et d’équipement d’aide à la navigation.


C’est la première formule qu’a choisi le Groupe ADP. Ici, nous réalisons toutes les opérations nous-même, avec notre solution. Par exemple, s’il faut calibrer un PAPI à Paris-Charles De Gaulle ou à Paris-Orly, nous préparons, coordonnons et conduisons l’opération sur place avec nos drones, avant de réaliser toutes les études de sécurité et de les remettre à nos clients. À ceux qui choisissent la seconde formule, nous fournissons simplement la solution et les outils adaptés à leurs besoins spécifiques. Une fois la plateforme installée, le client est autonome et coordonne seul les opérations de calibrage.



Et demain ? D’autres projets ?


En plus du calibrage de l’aide visuelle à la navigation et l’atterrissage, nous développons aujourd’hui des offres liées à l’inspection des pistes d’atterrissage et à l’aide radiophonique, notamment avec l’ILS (Instrument Landing System - système d'atterrissage aux instruments, qui fonctionne par radio-navigation ; NDLR).


L’objectif est de proposer à nos clients des solutions intégrées, grâce auxquelles ils n’ont plus qu’un seul interlocuteur capable de gérer toutes les dimensions des différentes procédures. Déjà disponible dans quelques aéroports internationaux, nous testerons très prochainement cette nouvelle offre en France, avec l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.