Comprendre, échanger, aider… le parrainage en trois leçons de vie avec José


Nos salariés se mobilisent à nos côtés en faveur de l’éducation. Parmi eux, José Sebbah, entré au sein du Groupe ADP il y a 28 ans en tant qu’électricien. Aujourd’hui expert en bâtiments sur les terminaux 1 et 3 de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, il est aussi depuis quelques mois parrain de l’association CLÉ. Il partage ici son expérience et ses motivations. Carnet de bord.



CLÉ est une association qui lutte contre l’illettrisme pour une meilleure insertion sociale et professionnelle. L’association se mobilise pour l’apprentissage des savoirs de base : Compter, Lire, Écrire, mais donne aussi des cours plus spécifiques, comme des ateliers informatiques. Basée à Ermont, dans le Val-d’Oise, l’association est venue en aide à 1 500 personnes depuis sa fondation.


CLÉ, c’est la deuxième association que je parraine. Il y a trois ou quatre ans, j’ai reçu un mail de la Fondation à destination de tous les agents du Groupe ADP pour expliquer la formule du parrainage. La démarche m’a plu, j’ai pensé que ce serait l’occasion de déconnecter de mon quotidien. Et j’avais envie de me sentir utile, concrètement, en aidant des personnes en difficulté. J’ai commencé comme ça, auprès d’une première association (Issue de Secours, qui proposait des ateliers de théâtre à des jeunes en difficulté) que j’ai parrainé pendant 2 ans. A la fin de ma mission, je me suis vu proposer cette nouvelle association (CLÉ), investie contre l’illettrisme. Je la parraine depuis fin 2018. La question de l'éducation me touche particulièrement ayant moi-même connu des moments difficiles pendant ma scolarité. J’ai vécu le décrochage scolaire, et ai quitté l’école à 17 ans - avant de reprendre des études par la suite. Même si le contexte a beaucoup changé depuis mon époque, je suis resté sensible à ces questions et à ce que le décrochage peut entraîner : mal être, sentiment de ne pas être intégré...
José Sebbah




Carnet de bord - Phase 1 : la phase d’immersion

 

Pour moi, le rôle de parrain commence par une phase d’observation. Je veux d’abord comprendre le fonctionnement de l’association. Pour cela, je me mets à la disposition des bénévoles… et il n’y a pas de journée type ! Quand j’arrive sur place, une demi-journée par mois, je ne sais pas à l’avance ce qui m’attend. Après avoir prévenu de mon arrivée, je suis accueilli par les bénévoles. En fonction de leur programme du jour, je peux assister à un cours (informatique, de mathématiques, de français etc.), faire un point sur un sujet donné ou alors les aider dans des taches de fonctionnement basiques, comme une mise sous pli. Je m’adapte en fonction des besoins ! Je soutiens les bénévoles dans leurs actions mais n’interfère pas dans leurs relations avec les bénéficiaires.



1 500 Personnes
en situation d'illettrisme aidés par l’association CLE depuis sa fondation en 1997


Carnet de bord - Phase 2 : la phase d’échanges

 

Être parrain, ça me permet aussi bien sûr de découvrir des parcours de vie que je n’aurais pas eu la chance de connaitre sans cette expérience… C’est la phase d’échanges réciproques, entre les bénévoles, les bénéficiaires, et moi. Et c’est très riche d’enseignements !

 

Il y a quelques jours, par exemple, j’ai assisté à un cours de mathématiques et j’ai été très surpris quand une dame, bénéficiaire de l’association, a demandé de lui montrer combien de monnaie on devait lui rendre quand elle achetait une baguette de pain. Ne sachant pas compter, elle avait toujours l’impression de se faire voler, et avait développé une méfiance qui n’avait pas lieu d’être. C’est un exemple qui peut paraître anodin, mais qui en dit long sur le sentiment de peur que l’on peut ressentir quand on ne maitrise pas les codes et que tout nous parait étranger ou inconnu.






Idem, quand je me suis présenté lors de cet atelier, une majorité des personnes présentes ne connaissaient pas ma ville de résidence (Montmorency) - pourtant très proche de la ville de l’association (Ermont) -, et certains n’avaient jamais été à Paris ! Pour beaucoup, le trajet en transport en commun est un obstacle infranchissable, parce qu’ils ne savent pas lire les panneaux d’information.



Carnet de bord - Phase 3 : la phase d’action

 

L’idée, ensuite, c’est de voir comment je peux apporter concrètement mon aide. Cela peut prendre plusieurs formes : relayer auprès de la Fondation du Groupe ADP des demandes des bénévoles (dons de livres, de chaises de bureaux etc.), ou monter un projet, à mon initiative. Et c’est ainsi que j’ai eu l’idée de proposer une visite de l’aéroport aux bénéficiaires. Je voudrais leur montrer comment une telle structure fonctionne, comment on gère les flux de passagers, quel trajet empruntent les valises etc. - tout cela en respectant les règles de sécurité bien sûr ! Cela permettrait à des personnes isolées de sortir de leur quotidien, de découvrir un espace qu’ils ne connaissent pas. Je dois régler de nombreuses questions pratiques, mais le projet devrait se concrétiser au printemps.



Alors, est-ce que je recommande l’expérience ?

 

Bien sûr ! En fait, j’en parle souvent avec mes collègues, qui me disent que c’est bien, mais ne se sentent pas particulièrement concernés. C’est comme s’il fallait avoir vécu un moment difficile dans sa vie pour franchir le pas d’aider. Alors à ceux-là, qui n’osent pas, par crainte de l’inconnu, je leur dirais tout simplement : essayez au moins ! On apprend tout autant au contact de personnes moins instruites que soi. Une rencontre peut ouvrir les yeux, et pourquoi pas réveiller une vocation ! »